Zarko Petan parle du Procès du Loup

Pour la collection « Classiques & Contemporains », Zarko Petan a accepté de répondre aux questions de Claude Gapaillard, auteur de l’appareil pédagogique du Procès du Loup.

Claude Gapaillard : Vous êtes né et vous vivez en Slovénie. Le loup est-il aussi un personnage de conte pour enfant dans votre pays ? Quel portrait habituel en fait-on ?
Zarko Petan : Je suis né en Slovénie, où j’habite à présent, mais j’ai passé toute mon enfance en Croatie, c’est-à-dire dix ans. En ce temps-là, je lisais des contes en croate ; le loup y était souvent présent et presque toujours comme une bête cruelle et dangereuse. Même aujourd’hui, il y a beaucoup de loups dans les forêts en Croatie et en Bosnie. C’est, je crois, la raison pour laquelle j’ai voulu présenter mon loup comme un animal gentil.
C. G. : Vous-même, quand avez-vous découvert l’univers des frères Grimm ?
Z. P. : J’ai lu les contes des frères Grimm traduits en croate. Après j’ai lu aussi plusieurs de leurs œuvres, surtout pendant mon séjour à Marburg, la ville où travaillaient aussi les frères Grimm. La plupart de leurs ouvrages se trouve maintenant dans la bibliothèque municipale.
C. G. : Qu’est-ce qui vous a incité à faire Le Procès du Loup ? D’où vous est venue cette idée ?
Z. P. : La cour de justice est un lieu théâtral qui est depuis très longtemps populaire auprès des metteurs en scène. Les procès sont en général dramatiques, il s’agit toujours d’un conflit entre l’avocat de la partie civile et le défenseur, l’accusé est finalement moins important dans ce jeu. Je crois que c’est justement à cause de ces duels verbaux que j’ai choisi la cour de justice comme lieu théâtral de mon Procès du Loup.
C. G. : Parmi tous les personnages que vous mettez en scène, certains ne figurent pas dans le conte du Petit Chaperon Rouge. Comment les avez-vous choisis ?
Z. P. :
En tant que metteur en scène professionnel, j’ai ajouté quelques personnages pour enrichir l’action sur la scène. J’ai volontairement réparti les personnages en deux camps : ceux du conte et ceux de la vie réelle. Ainsi, il y a plus d’action et cela introduit dans le texte une nuance de surréalisme.
C. G. : Comment avez-vous décidé du caractère de chacun de ces personnages ?
Z. P. : La réponse à la question précédente explique déjà le principe que j’ai utilisé pour créer les personnages. Les personnages imaginaires agissent d’une manière tout à fait différente des personnages réels. Le Petit Chaperon Rouge n’a pas peur du loup, il ne le considère pas comme dangereux, ils viennent tous les deux du même conte et ils se connaissent bien. Le juge, l’avocat de la partie civile, le défenseur et l’huissier ne peuvent pas comprendre la relation inhabituelle entre les personnages imaginaires ; les lois du monde réel ne sont pas valables pour les personnages imaginaires.
C. G. : Pourquoi avoir choisi de faire participer les auteurs (les frères Grimm) au procès de leurs propres personnages ?
Z. P. : Les contes des frères Grimm sont souvent pleins de violence, ce que je n’aimais point. Ce qui s’y est passé a été décrit d’une manière trop réaliste, trop horrible pour l’enfant que j’étais. Donc j’ai présenté les frères Grimm comme deux auteurs jaloux l’un de l’autre. J’y ai mis un peu d’humour, ce qui n’a rien à voir avec leur vie réelle.
C. G. : Vous mélangez personnages réels et personnages imaginaires, monde réel et monde imaginaire. Quel sens peut-on donner à cette fusion?
Z. P. : Le mélange des personnages imaginaires et réels, des deux mondes m’a apparu comme un très bon choix, car il y a beaucoup de moments dramatiques, et ce mélange permet des intrigues comiques parmi les personnages qui ne réfléchissent pas de la même façon.
C. G. : Les personnages s’adressent parfois au public. Ce public, dans votre esprit, n’est-il constitué que d’enfants ?
Z. P. : J’ai vu plusieurs mises en scène du Procès du Loup, en langues différentes, et les adultes aussi bien que les enfants ont été passionnés par le jeu sur la scène. Si un personnage s’adresse directement à son public, cela permet, surtout aux enfants, de se plonger plus facilement dans le monde du théâtre. Et les metteurs en scène le savent.
C. G. : Contrairement à ce que l’on pouvait penser, le loup est innocenté, même par ses propres victimes. Quel sens donnez-vous à ce verdict inattendu ?
Z. P. : La fin est bien sûr féerique. Chez moi, le loup est innocent, ce qui est la fin attendue, je suppose par tous les enfants qui viennent voir la pièce. Certains adultes ont voulu trouver un message politique dans ma pièce, et qui ont interprété mon Loup comme un dissident. Moi, je n’y ai jamais pensé quand j’ai écrit cette pièce à une époque qui ne connaissait pas la démocratie.
C. G. : Votre biographie indique que vous avez dirigé le thèâtre national de Slovénie. Avez-vous vous-même mis en scène Le Procès du Loup ? Si oui, quelles ont été les particularités de votre mise en scène ?
Z. P. :
J’ai dirigé la première mise en scène dans le Théâtre des jeunes à Ljubljana, et quelques années plus tard à Vienne, dans leur Théâtre des jeunes (Theater der Jugend). Le Loup slovène était violent et dangereux tandis que celui des Autrichiens était plutôt séduisant et élégant. Les deux acteurs étaient très différents, ce que j’ai pris en considération en dirigeant la pièce.
C. G. : Enfin, vous-même, continuez-vous à lire des contes ? Quelle place leur accordez-vous dans la littérature ?
Z. P. : J’ai écrit Le Procès du Loup pour ma fille quand elle avait huit ans. Après quelques années, j’ai écrit encore quelques contes pour mes deux petits-fils, jumeaux. Et moi, je lis toujours des contes. Je crois que c’est une bonne lecture pour les enfants et pour les adultes, surtout aujourd’hui où la vie est souvent trop sérieuse et difficile.

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