Yasmina Reza parle du Dieu du carnage

Pour la collection « Classiques & Contemporains », Yasmina Reza a accepté de répondre aux questions de Sylvie Coly, professeur de lettres et auteur de l’appareil pédagogique du Dieu du carnage.

SYLVIE COLY : Yasmina Reza, vous êtes à la fois comédienne, metteur en scène, auteur et réalisatrice. Vous avez vous-même mis en scène Le Dieu du carnage en janvier 2008 à Paris, après que la pièce a été montée par Jürgen Gosh à la Schauspielhaus de Zurich en 2006, et reprise par le Berliner Ensemble. Pourquoi avoir tenu à monter vous-même cette pièce, et pourquoi avoir attendu deux ans ?

YASMINA REZA : Je vous remercie de tous les titres que vous me donnez mais si vous le permettez, je me définirais avant tout comme un écrivain. Je conçois les activités autres comme des formes dérivées d’écriture.

Jurgen Gosch avait « commandé » cette pièce. Non pas le sujet, ni rien de précis, mais il voulait créer une pièce de moi au Schauspielhaus. (Il avait déjà mis en scène deux pièces précédentes.) Je l’ai écrite dans cette perspective et, chemin faisant, en cours de travail, l’idée m’est venue que je la mettrai moi-même en scène en France.   J’avais depuis un certain temps l’envie de monter une de mes pièces mais l’évidence s’est produite avec celle-ci.

Le temps que ça a pris n’est qu’une question de concordance entre mon emploi du temps, la disponibilité des acteurs et du théâtre.

S. C. : Le Dieu du carnage est la deuxième pièce publiée dans la collection Classiques & Contemporains, après Art, qui remporte toujours un franc succès auprès des élèves. Quel regard portez-vous sur le fait d’être étudiée en classe ?

Y. R. : J’en suis profondément heureuse. C’est un grand privilège de pouvoir toucher, par le biais de l’étude et de la langue, une génération nouvelle.

S. C. : Pensez-vous, comme Véronique, qu’il « existe un art de vivre ensemble », et quelle définition donnez-vous ici au mot « art » ?

Y. R. : Question que les traducteurs ont dû se poser !  Véronique emploie le mot « art » là où, personnellement, je ne l’utiliserais pas. Un personnage se révèle essentiellement par ses choix sémantiques.

S. C. : La pièce est un huis clos. Certains détails du décor, comme par exemple les livres d’art de Véronique ou le portable d’Alain, ont une importance capitale dans l’économie dramatique. Selon vous, tous les détails scéniques doivent-ils être aussi précisément et rigoureusement choisis que les mots du texte ?

Y. R. :Tous les auteurs ont une façon très personnelle d’écrire les didascalies. Certains sont très précis, d’autres moins. Pour ma part, je serais plutôt minimaliste.  Je me contente de préciser les éléments indispensables et incontournables pour l’action dramatique ; le portable et les tulipes « jouent ».

S. C. : Le Dieu du carnage fait l’objet d’un film réalisé par Roman Polanski. Est-ce pour éviter de vous sentir déposséder de votre œuvre, comme Marguerite Duras à la suite du tournage de L’Amant par Jean-Jacques Annaud, que vous avez tenu à participer à l’écriture du scénario ?

Y. R. : Non, pas du tout. Roman Polanski souhaitait que nous adaptions ensemble le texte.

S. C. : Quel nouveau regard apporte l’adaptation cinématographique sur la pièce initiale ?

Y. R. : Le scénario est très proche de la pièce. Le film est en cours de tournage. Pour le moment, je n’ai vu que des prises de vue et des rushes. Ils sont excitants et revèlent déjà une grande tension, mais je ne peux pas juger de l’ensemble.

Accès enseignant

Inscrivez-vous ou saisissez vos identifiants magnard.fr pour accéder aux ressources réservées aux enseignants.

×

Déconnexion ...

Déconnexion en cours ... veuillez patienter ...
×

 

 
×