Fred Vargas parle de L’Homme aux cercles bleus

Pour la collection « Classiques & Contemporains », Fred Vargas a accepté de répondre aux questions de Laurence Sudret, professeur de Lettres et auteur de l’appareil pédagogique de L’Homme aux cercles bleus.

 

Laurence Sudret : Quels sont vos auteurs favoris de romans policiers ?

Fred Vargas : Trop nombreux pour que je puisse tous les citer. Enfant, j’aimais beaucoup Agatha Christie, Conan Doyle et Maurice Leblanc (Arsène Lupin). Plus tard, c’est la découverte des grands auteurs américains, dont Dashiell Hammet et Raymond Chandler. Parmi les contemporains, j’apprécie tout particulièrement Donald Westlake, Ed Mc Bain et James Crumley.

L. S. : L’humour est très présent dans vos romans ; pour vous plaire en tant que lectrice, un roman policier doit-il être drôle ?

F. V. : Non, pas du tout. Mais pour que le roman me plaise quand je l’écris moi-même, je ne peux pas m’empêcher d’y introduire de l’humour. Pas trop, car l’excès d’humour détruit le suspense ou l’angoisse, qui sont, eux, nécessaires à un roman policier.

L. S. : Les manies (ou leur absence) tiennent une place importante dans ce roman ; est-ce un sujet qui vous intéresse ?

F. V. : Il m’intéresse en ce que l’individualité de chaque être est singulière. La « manie » me permet de dire que nul ne ressemble à un autre. Mais aussi que personne ne peut être normé et cadré, que chacun d’entre nous échappe d’une manière ou d’une autre à la règle, ou du moins je l’espère. Il n’existe pas, pour moi, d’individu « ordinaire ». C’est ce que j’essaie de mettre en valeur, je crois, avec ces signes distinctifs.

L. S. : Vous avez reçu de nombreuses récompenses pour vos ouvrages ; L’Homme aux cercles bleus a reçu le prix du Festival de Saint-Nazaire en 1992. Quel regard portez-vous sur ces récompenses ?

F. V. : Les récompenses font évidemment toujours plaisir, elles encouragent. Mais elles renvoient directement à la question du succès de ses livres. Et sur ce point, je dois dire que je reste toujours incrédule, que je n’en comprends pas vraiment la raison. Donc, ce succès demeure « en dehors » de moi : je suis au courant qu’il existe, mais je ne l’intègre pas à ma vie. Je doute beaucoup, de tous mes livres.

L. S. : Si un élève de 3e ou de lycée vous demandait quelle est votre recette pour écrit un bon « rompol », que lui répondriez-vous ?

F. V. : On sait tous qu’il n’existe pas de « recette ». Je serais incapable de décrire précisément la manière dont j’écris un « rompol », je n’applique aucune technique particulière. Cependant, je m’aperçois que, pendant que j’écris, je deviens plus lecteur qu’auteur. C’est-à-dire que je cherche quelle histoire j’aurais envie de lire, et je l’écris. Tous les collégiens et lycéens savent comment, parfois, le soir en s’endormant, on se « raconte une histoire », en composant des scènes de vie, avec les mouvements et les dialogues, scènes dont on sait qu’elles n’arriveront jamais, mais qui font plaisir à inventer, parce qu’elles consolent, ou purgent une colère, ou réalisent un rêve. C’est un peu cela, pour moi, écrire un roman policier : réinventer la vie, telle qu’on la souhaiterait.

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