Claude Klotz (alias Patrick Cauvin) parle de Killer Kid

Pour la collection « Classiques & Contemporains », Claude Klotz a accepté de répondre aux questions de Marie Lescure, professeur de Lettres et auteur de l’appareil pédagogique de Killer Kid.

Marie Lescure : Je souhaiterais que vous me donniez des indications au sujet de votre roman, Killer Kid, mais auparavant, pourriez-vous apporter quelques précisions au sujet de votre vie ? Dans Povchéri, vous répétez votre ennui de l’école et vous présentez une mère indifférente à tout, un père employé dans les chemins de fer, et vous évoquez la Comédie-Française, le dimanche après-midi.
Claude Klotz : Si vous avez lu ce roman, vous savez tout sur moi. (Il rit.) Ce qui est vrai, c’est mon horreur pour l’école. J’y ai eu des instituteurs très durs et humiliants. Plus tard, quand j’ai vendu mon premier roman à un million d’exemplaires, j’ai voulu retrouver celui qui m’a fait le plus souffrir pour lui montrer que je ne finissais pas sous les ponts comme il me l’avait prédit. Malheureusement, il était mort. J’étais triste. Bien sûr, de ne pas pouvoir lui montrer qu’il s’était trompé. La mère de Povchéri n’a ceci de commun avec la mienne qu’elle acceptait son sort mais elle a été une bonne mère. Le début de ma vie s’est déroulé à Marseille sous le soleil. J’ai eu une petite enfance très heureuse jusqu’à mon arrivée dans la région parisienne. C’était la guerre, tout était gris. Il y avait des restrictions et la seule sortie que nous faisions était à la Comédie-Française parce qu’il y avait des places bon marché mais très haut perchées. Je ne voyais pas tout mais j’ai eu quand même la chance de voir jouer de grands acteurs comme Pierre Dux et Jean Weber.
M. L. : Vos romans policiers sont signés Claude Klotz et les autres Patrick Cauvin. Y a-t-il une raison à cette distinction ? Pourquoi de nouveau revenir à Claude Klotz pour Killer Kid, qui est écrit en 1988 ?
C. K. : Quand j’ai commencé à écrire, je ne voyais pas d’inconvénient à signer de mon propre nom. Mais un jour, j’ai voulu changer de genre littéraire et mon éditeur m’a demandé de prendre un pseudonyme pour que les lecteurs s’y retrouvent. Je ne voulais pas me cacher particulièrement, aussi j’ai pris le nom de ma mère : Cauvin, et comme il fallait prendre un prénom, Jean-Claude Lattès m’a proposé Patrick puisque c’était traduisible dans toutes les langues. Klotz est attaché aux romans noirs et Cauvin aux autres, c’est la raison pour laquelle j’ai choisi Klotz pour Killer Kid, qui est quand même très noir.
M. L. : Vous avez fait la chronique cinéma du journal Pilote et vous écrivez des scénarios. Est-ce que vous écrivez aussi les scénarios des films qui sont tirés de vos romans ?
C. K. : Non. D’ailleurs, je ne suis pas toujours ravi de ces films. Surtout pour Killer Kid, le metteur en scène a voulu une happy end. Les enfants ne meurent pas et la gardienne de la tour qui assassine l’un des deux enfants dans le roman est, dans le film, une pin-up droguée. Même pour les scénarios, parfois je suis étonné de mes répliques dans la bouche des acteurs. Je ne retrouve plus l’intention que j’y avais mise. Mais c’est ainsi, le texte ne m’appartient plus.
M. L. : Qu’est-ce qui vous a amené à écrire des scénarios et continuez-vous, actuellement, à travailler pour le cinéma ?
C. K. : J’aime cet exercice. C’est une sorte de récréation. Créer une ambiance, jouer avec les mots, et puis j’aime les dialogues, les répliques. J’ai fait dernièrement des scénarios pour des films de Patrice Leconte : Félix et Lola et Le mari de la coiffeuse.
M. L. : Quels sont vos romans qui ont été portés à l’écran ?
C. K. : Il y en a six : Pourquoi pas nous ?, Monsieur Papa, Dracula Père et Fils, E=MC2 mon amour, dont le titre au cinéma est I love you, je t’aime, Théâtre dans la nuit, Villa Vanille et Iaroslav, qui n’est pas encore sorti. [Cette interview a été réalisée en 2001.]
M. L. : Quand vous avez écrit Killer Kid, y a-t-il eu un événement politique qui a motivé votre choix ?
C. K. : Non. L’idée de ce bouquin m’est venue en regardant un journal télévisé. Il s’agissait du Noël des enfants du personnel de l’Élysée et le président de l’époque, Giscard d’Estaing, remettait les cadeaux. Je me suis posé la question de sa protection qui n’avait pas l’air évidente et je me suis dit qu’un gosse, enfant-soldat, pourrait très bien lui tirer dessus.
M. L. : Vu les repères temporels que nous avons, le président qui est visé dans le roman ne peut pas être Giscard.
C. K. : Non, ce n’est pas lui. J’ai écrit ce roman en 1988. L’idée avait fait son chemin.
M. L. : Vous avez rendu l’atmosphère des lieux avec beaucoup de réalisme, vous êtes-vous rendu sur place au Moyen-Orient ?
C. K. : Non, j’ai fait d’autres voyages qui ont servi de décors à mes romans, mais là, non, je n’y suis pas allé. J’ai lu des bouquins sur la question.
M. L. : Ce roman touche un sujet brûlant. Vous êtes-vous engagé un jour dans une lutte politique ?
C. K. : Oui, avant de partir à l’armée en 1958, je luttais pour « la paix en Algérie » et puis au moment de Mai 68, j’ai été très militant.
M. L. : Dans Killer Kid, l’enfant est acheté par des schekels, des billets syriens, des billets jordaniens et des dollars. Est-ce par désir de ne pas prendre parti pour un camp ou un autre ?
C. K. : Ce que j’ai voulu surtout montrer, c’est le fait, qui est vrai, qu’il y a des enfants-soldats et que des salauds enlèvent ou achètent des gosses pour leur mettre une arme entre les mains. J’aurais pu choisir un petit Noir ou un Asiatique mais j’ai voulu qu’il y ait une ressemblance avec un petit Maghrébin.
M. L. : Il est vrai que, de ces deux enfants, on aurait du mal à dire celui que vous préférez. Y a-t-il des personnages qui vous émeuvent plus que d’autres ?
C. K. : Dans ce bouquin, ce sont les deux mômes mes préférés, l’amitié qui les lie. Les autres ne sont que des comparses. Pour les autres romans, dans l’ensemble, j’aime tous mes personnages. On peut retrouver des caractéristiques communes à beaucoup. Certaines héroïnes, surtout, sont la même femme qui court d’un roman à l’autre.
M. L. : Vous optez parfois pour un plan alterné, vous l’aviez fait pour E=MC2 mon amour. Les deux enfants se partagent la narration du roman, un chapitre pour chacun jusqu’à la mort de Fernand où Djilali devient le seul narrateur. Quelle est la raison de ce choix ?
C. K. : C’est l’influence du cinéma américain. Ce montage en parallèle met les héros à égalité. Cela crée une attente du lecteur jusqu’au moment où ils se rencontrent.
M. L. : Comment pratiquez-vous avant de rédiger ? Prenez-vous des notes sur des scènes de la vie quotidienne ? Faites-vous un plan précis ?
C. K. : Non, je ne prends jamais de notes, je ne me balade pas avec un carnet. Avant de commencer un roman, je fais un plan avec un ou deux axes, je sais où je vais mais quand je me mets à ma table de travail, je ne sais pas exactement ce qui va se passer pour mes personnages. Ils naissent au fil de la plume. Comme d’ailleurs, je ne les décris pas, cela bloque l’imagination du lecteur.
M. L. : Quel est votre sentiment quand vous avez fini un roman ?
C. K. : Il est double : satisfaction d’avoir fini et tristesse de quitter un univers.
M. L. : Est-ce que vous suivez vos romans quand ils sont édités ?
C. K. : Non. C’est le hasard des médias qui joue à partir de ce moment-là.

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