Bernard Werber parle des Fourmis

Pour la collection « Classiques & Contemporains », Bernard Werber a accepté de répondre aux questions de Nathalie Lebailly et de Matthieu Gamard, auteurs de l’appareil pédagogique des Fourmis (tomes I et II).

Nathalie Lebailly et Matthieu Gamard : Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire sur les fourmis ?
Bernard Werber : L’envie de faire quelque chose d’original qui n’a jamais été fait avant. Les fourmis sont des animaux sous-estimés juste à cause de leur taille. Je voulais leur rendre leur noblesse et leur titre de première espèce animale terrestre en nombre, en ancienneté et en occupation de territoire. J’aime les challenges. Le symbole des fourmis est un symbole fort. Ce sont les petits qui, ensemble, sont plus forts que les gros.
N. L. et M. G. : Quels sont les auteurs qui vous ont donné le goût de la lecture et, peut-être aussi, l’envie d’écrire ?
B. W. : Rabelais, La Fontaine, Edgar Poe, Jules Verne, dans un premier temps ; Agatha Christie, Lovecraft, Flaubert dans un second temps.
Isaac Asimov (auteur de Fondation), Franck Herbert (auteur de Dune) et surtout, le meilleur pour la fin : Philip K. Dick. À mon avis, le plus visionnaire et le plus original.
N. L. et M. G. : Dans quelles conditions matérielles écrivez-vous ?
B. W. : J’écris tous les matins de 8h à 12h30 depuis l’âge de 16 ans. C’est-à-dire depuis que je n’ai plus l’obligation d’aller à l’école le matin. J’en ai maintenant 43 et je n’ai dérogé à cette règle qu’une dizaine de fois, parce qu’il n’y avait pas d’ordinateur ou de papier à portée de main. Sinon, même en vacances, j’écris. Le lieu n’a aucune importance, je peux écrire dans mon bain, à mon bureau, aux toilettes, dans la forêt, au café. De toute façon, quand j’écris, j’oublie tout et je ne sens pas le monde extérieur. Pour les scènes cinématographiques, j’écoute de la musique de film en même temps au casque audio.
N. L. et M. G. : Adolescent, quels étaient vos livres préférés ? Pourquoi ?
B. W. : Le premier livre que j’ai lu est La Guerre des boutons ; je devais avoir 7 ans. J’ai adoré. Ensuite, j’ai enchaîné sur les auteurs cités plus haut.
N. L. et M. G. : Que diriez-vous aux adolescents pour les inciter à lire davantage ?
B. W. : Le monde est dirigé par des gens qui lisent. Ceux qui ne lisent pas seront probablement amenés à obéir à ceux qui lisent. Tout simplement parce que ceux qui lisent sont capables de se forger une pensée personnelle, alors que ceux qui regardent la télévision ont la pensée commune que le gouvernement veut répandre. Lire, c’est se donner les outils pour construire sa liberté et sa force.
N. L. et M. G. : Les recherches sur les fourmis vous ont-elles pris beaucoup de temps ?
B. W. : Paradoxalement, les recherches sur les fourmis ont été faciles. Le plus difficile a été de mettre au point le mécanisme de suspense et les ressorts cachés d’intrigues. Construire un roman est un artisanat, une science, une zone d’inventivité. Recenser des informations sur les insectes n’est qu’un travail d’essayiste. Donc beaucoup plus facile et moins intéressant.
N. L. et M. G. : Vous abordez des thèmes assez philosophiques dans votre roman. Quels sont les auteurs qui ont nourri votre réflexion ?
B. W. : En philosophie ? Le Tao. Dune. Fondation. La Bible. Socrate. Mais surtout Philip K. Dick.
N. L. et M. G. : Si vous deviez résumer votre livre en une phrase…
B. W. : Au début le héros est endormi, au milieu il prend conscience du monde qui l’entoure, à la fin il est complètement éveillé ; mais cette prise de conscience a un prix : sera-t-il prêt à le payer ?
N. L. et M. G. : Où avez-vous trouvé l’idée de l’énigme des allumettes ?
B. W. : J’ai cherché une symbolique facile, quasi enfantine de l’ouverture de conscience. Qu’y a-t-il de plus beau que la découverte de la dimension du relief pour un esprit qui ne voit qu’à plat ?
N. L. et M. G. : Le personnage de grand-mère Augusta est haut en couleur. D’où vous est venue l’idée d’un tel personnage ?
B. W. : Une amie d’enfance, Reine Silbert. Je lui ai dédié Les Thanatonautes.
N. L. et M. G. : La télévision est évoquée à plusieurs reprises dans votre roman. Que pensez-vous de cet outil de communication ?
B. W. : C’est un moyen pour les puissants de maîtriser les faibles.
N. L. et M. G. : Quel serait le plus beau compliment que pourrait vous faire un lecteur ?
B. W. : « Vous avez changé ma perception du monde. »
N. L. et M. G. : Quelle question auriez-vous aimé que l’on vous pose ? Qu’auriez-vous répondu ?
B. W. : Pourquoi j’écris ? Parce que j’ai l’espoir que quelqu’un, un jour, quelque part, me comprendra vraiment.

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