Auteur : Vercors

« Un écrivain qui résistait » ou un « résistant qui écrivait » (Sartre, entretien avec Gérassi, cité par Annie Cohen-Solal, Sartre 1905-1980, Gallimard). La question ne se pose pas pour Vercors qui « devient » écrivain, résistant et éditeur par le même engagement, en publiant aux Éditions de Minuit, qu’il crée avec Pierre Lescure (1942), une œuvre de résistance au nazisme : Le Silence de la mer, roman qui marque l’entrée en littérature de Jean Bruller, dit Vercors.

Jean Bruller est né à Paris le 26 février 1902, d’une mère institutrice et d’un père éditeur. Après des études scientifiques brillantes qui ne le passionnent guère, il choisit une carrière de dessinateur plutôt que d’ingénieur. L’humour noir semble avoir été la marque de fabrique de Jean Bruller dessinateur. Son premier recueil, 21 recettes pratiques de mort violente à l’usage des personnes découragées ou dégoûtées de la vie, pour des raisons qui ne nous regardent pas (1926), donne le ton. Suivront Un homme coupé en tranches (1929) et un recueil de gravures, La Danse des vivants (1938), qui illustrent les textes de Kipling, Poe et Shakespeare.

L’Occupation interrompt la production de ces œuvres que J. Bruller refuse de publier sous l’imprimatur (autorisation de publier) allemande. Il tente de faire publier son Hamlet par un éditeur réfugié en Algérie. Avec les mensualités touchées pour les dessins, il fonde les Éditions de Minuit qui publient Mauriac sous le nom de Forez (Le Cahier noir), Aragon sous le nom de François La Colère (Le Musée Grévin) et, sous son propre nom, Eluard dans L’Honneur des poètes. Vercors conserve son nom de guerre après la Libération. Membre de la Commission d’épuration de l’édition, il en démissionne en raison de l’inégalité des sanctions à l’encontre des écrivains, chantres de la Collaboration avec l’Allemagne nazie, et de leurs éditeurs, encore plus coupables, mais jamais pénalisés. Il refuse de participer à l’établissement d’une « liste noire » et renvoie les écrivains au jugement de leur conscience (Le Sable du temps, 1945). En 1948, Vercors quitte les Éditions de Minuit et se consacre à l’écriture d’une œuvre littéraire centrée, comme l’œuvre dessinée, sur la multiplicité de l’être humain, sans jamais cesser d’être présent partout où son engagement pouvait servir la cause de l’homme. Il s’engage aux côtés des communistes dans le mouvement pacifiste « Citoyens du monde », il démissionne en 1956 de la présidence du CNE (Comité National des Écrivains), d’obédience communiste, et s’en explique avec humour dans PPC (Pour prendre congé, 1957). On le retrouve en 1960 avec les signataires du « Manifeste des 121 » au procès des « réseaux de soutien » au FLN. Interrogé vingt ans plus tard sur le « silence des intellectuels » après l’avènement de la gauche, Vercors défend leur refus de s’engager en acceptant des responsabilités gouvernementales qui menaceraient leur liberté de choix. « De la Résistance à la philosophie », l’itinéraire de Vercors ressemble fort à celui que Sartre prête à son « existentialiste » : « Une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu’il fait » (L’existentialisme est un humanisme, Sartre, Gallimard, 1946).
Il est mort le 10 juin 1991 à Paris.

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