Auteur : René Maran

Batouala, premier roman de la « négritude », a été écrit par un Martiniquais, né à Fort-de-France, le 5 novembre 1887, de parents français et noirs. Mais René Maran fait ses classes à Bordeaux. Une photo publiée en 1931 par le journal L’Intransigeant montre le René Maran de l’année 1900 : un jeune homme de 13 ans, cravaté et l’air sage – remarquable escrimeur et joueur de rugby. Son autre passion est l’écriture et il publie, dès 1909, un recueil de poèmes, La Maison du bonheur.
Il fait des études supérieures à Paris et entre dans l’administration préfectorale. Son expérience africaine, en 1912, comme administrateur des colonies en Oubangui, bouleverse son existence et son travail d’écrivain. Un premier récit, Djogoni, qui ne sera publié qu’après sa mort, rend compte de cette expérience et du trouble où le jette la situation – ô combien inconfortable – de Noir chargé de représenter auprès des Noirs la puissance coloniale. Mais c’est Batouala qui exprime sa prise de conscience du sort que la colonisation fait subir aux populations indigènes : sous-titré « véritable roman nègre », le récit est commencé non loin des rives du lac Tchad. Au cours d’un voyage à Paris, René Maran le montre à un ami, Manoel Gahisto : celui-ci le confie au poète Henri de Régnier, qui le lit avec enthousiasme et l’apporte à son éditeur. Le manuscrit est accepté et le livre proposé pour le prix Goncourt en 1921. De fait, il obtient ce prix qui récompense un premier roman. Mais la préface choque et entraîne contre l’auteur une violente campagne de presse qui l’oblige à démissionner.
Il se lance alors dans la rédaction de son œuvre poétique et romanesque : Le Visage calme (1922), Les Belles Images (1935) et une série d’histoires animalières, dont Mbala, l’éléphant (1942). Pierre Loiselet, dans les Nouvelles littéraires de juillet 1938, fait de lui ce portrait : « Avant tout, René Maran a le sens et le goût de la liberté. Un goût farouche qui le fait dérober à toutes les invitations. Libre, il l’est, libre il entend demeurer. […] Personne au monde, ni politique, ni morale, ne peut se vanter de lui avoir apporté une restriction. […] C’est un homme qui s’exalte – et l’exaltation est mauvaise conseillère ! – qui dénonce les scandales, que l’injustice révolte et qui refuse de courber la tête sous le joug, d’où qu’il vienne. René Maran ayant choisi d’être quelqu’un qui ne sera jamais rien. »
Pour vivre, Maran produit aussi bon nombre de biographies historiques : celle de Félix Éboué – qui s’est rallié au général de Gaulle dès l’appel du 18 juin 1940, et dont les cendres reposent au Panthéon – ou celle de Bertrand du Guesclin.
Son appartenance problématique à une double culture – celle du colonisateur et celle du colonisé – l’amène à écrire Un homme pareil aux autres (1947), roman où il évoque l’amère condition de l’homme noir apprivoisé.
En 1949, il reçoit le Prix de la Société des gens de lettres et, en 1950, le Prix de la Mer et de l’Outre-Mer. Ce précurseur de la négritude, chantée à partir de 1945 par Césaire ou Senghor, meurt en 1960.

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