Auteur : Albert Cossery

Égyptien d’expression française, né au Caire en 1913 et mort à Paris le 22 juin 2008, Albert Cossery n’a jamais écrit qu’un seul livre ; ses neuf ouvrages (à l’exception d’Une ambition dans le désert) abordent tous le même thème, celui des Cairotes déshérités mais libres, seuls à mériter sa considération, car étrangers à la vanité et la violence des nantis matérialistes.

Pourtant, rien ne semblait prédestiner Cossery à sonder les difficultés des plus démunis : issu d’une famille chrétienne relativement aisée, il poursuit toute sa scolarité dans des écoles françaises, lit les classiques (Stendhal, Dostoïevski, Nietzsche, Baudelaire), écrit des romans en langue française dès l’âge de 10 ans et, à 17 ans, effectue un voyage à Paris pour y poursuivre ses études… qu’il délaisse ensuite avec délice. Dans ce rejet du travail s’exprime déjà toute la philosophie qui guidera son existence : n’être l’esclave de rien ni de personne, au nom d’une liberté qui passerait par le dénuement et la seule contemplation du monde. Il stigmatise ainsi l’argent : « Je hais l’argent et l’ambition, ils sont la cause de tous les malheurs du monde. En Orient, lorsqu’on a de quoi vivre, on ne travaille pas. Mon père et mon grand-père n’ont jamais travaillé. Ils n’étaient pas riches, mais les terres qu’ils possédaient nous permettaient de vivre bien. En cas de problème, ma mère vendait un bijou. En Occident, plus on a d’argent, plus on en veut », confie-t-il.
C’est de cette époque, alors que l’auteur a entre 18 et 20 ans, que date la rédaction des nouvelles qui composent Les Hommes oubliés de Dieu, recueil publié tardivement, en 1940.

Après la guerre, Cossery regagne Paris, où il s’installe définitivement, emporté dans une fête permanente, sans souci du lendemain. Il vivra sans cesse à l’hôtel, occupant, à partir de 1951 et jusqu’à sa disparition, la même chambre dépouillée à l’extrême de l’hôtel La Louisiane, en plein Saint-Germain-des-Prés. Là, il côtoie les plus grands artistes et écrivains, noue de solides amitiés (Camus, Giacometti, Queneau, Vian), et cultive cet art de la paresse hérité de l’Égypte qui ne le quittera jamais – non la paresse stupide, mais l’oisiveté, indispensable à la réflexion.

Il publie aussi parfois un roman, en toute parcimonie, et pour le seul plaisir. Ainsi, en 1955 paraît son œuvre la plus célèbre, Mendiants et Orgueilleux, adaptée au cinéma ; suivent notamment Les Fainéants dans la vallée fertile (1948), La Violence et la Dérision (1964) ou, plus récemment, Les Couleurs de l’infamie (1999).

Plusieurs récompenses consacrent sa carrière d’écrivain : en 1990, il obtient le Grand Prix de la Francophonie décerné par l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre suivi, en 1995, du Grand Prix Audiberti ; en 2000, il remporte le prix Méditerranée.Son œuvre, intemporelle et universelle, débusque avec finesse et humour l’absurdité du monde et magnifie les pauvres, seuls « vrais aristocrates ». Adulé par la critique, entouré de lecteurs de plus en plus nombreux, Cossery invite qui veut l’entendre à se détacher de toutes les valeurs, de tous les dogmes, c’est-à-dire à faire « sa propre révolution ».

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